Cet article est le premier d’une série que je souhaite rédiger à l’intention de vous tous, nous tous, parents, qui à certains moments pouvons être surpris, heurtés voire très irrités face aux émotions tourbillonnantes de nos enfants et à l’expression qui leur sont propres de leurs besoins et sensibilités. Je m’appuie sur mes expériences et les nombreux et précieux apports de différents auteurs [cf Bibliographie] et en particulier le Dr Catherine GUEGUEN.

Vous donnez à votre enfant la fourchette rouge et c’est un torrent de larmes. Il voulait la bleue.

Vous préparez un gâteau. C’est sûr, après avoir versé l’appareil dans le moule, il pourra lécher le chocolat restant sur les parois. Mais non, il met ses doigts dans l’appareil tout au long de la recette. Vous perdez patience et ce moment se termine en eau-de-boudin.

Votre enfant crie, voire se roule par terre car il a vu un jouet et il le veut, là, maintenant, tout de suite.

Votre petit a faim. Il hurle et attendre quelques minutes que le plat de pâtes soit prêt lui semble au-dessus de ses moyens.

Sachez qu’au milieu de tout cela l’enfant fait toujours de son mieux. Malheureusement, il lui manque encore beaucoup de maturité pour ne pas faire d’un léger accroc un drame, d’un rire une explosion de joie, d’une frustration un torrent de larmes. Ses émotions sont percutantes, brutes, incompréhensibles et submergeantes. Et c’est normal ! En plus de toute l’expérience de vie qu’il n’a pas encore, des références qui lui manquent et de son attachement parfois fragile, ambivalent, évitant, voire insécure pour quelques-uns, il lui manque les capacités physiques à gérer ses émotions. Son cerveau n’est tout simplement pas prêt et il aura d’ailleurs terminé sa maturation au début de l’âge adulte vers 20/25 ans, pour les parties dont dépendent justement la gestion des émotions et des relations (cf. Cortex Pré Frontal).

Il est donc tout simplement physiologiquement impossible puis difficile au petit enfant, puis de plus en plus facile, avec l’âge et l’expérience, de réagir et d’adapter ses comportements dans des situations émotionnellement exigeantes.

« Le développement du cerveau est sous la dépendance de processus génétiques mais il se forme aussi sous l’influence de l’environnement » (dxt Kundakovic, 2013)

S’agissant de l’expérience, je ne rédigerai ici qu’un très court paragraphe:

Dès la grossesse puis particulièrement pendant nos 2 premières années de vie, notre cerveau est perméable et très réceptif à notre environnement affectif, socio-économique, culturel. Les effets du stress, de la peur, de la privation affective, de la négligence, de l’exposition à des produits chimiques ou polluants impacteront durablement l’enfant en construction. Les expériences (négatives et positives) à répétition laisseront une empreinte profonde sur le cerveau et donc sur l’adulte de demain.

Au niveau physiologique, c’est la partie se situant à l’avant du cerveau, derrière le front et les yeux, qui nous intéressera en particulier dans cet article. En voici un balayage :

Le cortex pré frontal est le centre de décision, de planification, siège de fonctions supérieures tel que le langage, le raisonnement et la mémoire ou encore les sens du goût et de l’odorat. C’est lui qui régule nos émotions et nous donne le pouvoir de contrôler nos impulsions, de relativiser, de donner un sens et de ré évaluer nos émotions et intentions. Celui aussi lui qui met le plus de temps à mûrir. L’espèce humaine se distingue des autres espèces par la taille de son cerveau et de son cortex pré frontal, qui est corrélé à la taille du groupe social, ce qui souligne la complexité des mécanismes sous-jacents à nos relations sociales et à la vie en société. 

Le Cortex Orbito Frontal (COF), est une petite partie du cortex pré frontal, qui gère nos émotions, nos relations affectives, notre empathie, notre sens moral. Il existe un pic de maturation du COF entre 5 et 7 ans, correspondant à ce qu’on appelle l’ « âge de raison » : la période à partir de laquelle, l’enfant est capable de devenir « raisonnable », de gérer un tant soit peu ses peurs et ses émotions négatives. Avant cela, ce qui semble être pour certains des caprices ou des bêtises, ne sont en fait que des comportements et réactions brutes, résultant tout simplement d’une immaturité cérébrale. L’enfant, avant cet âge, ne sera pas capable de ressentir de façon que l’on jugera excessive toute la palette des émotions qu’il peut traverser.

Le Cortex Cingulaire Antérieur (CCA) se situe derrière le COF et est lui aussi très important dans la gestion de nos émotions. C’est à lui que nous devons notre capacité à prendre conscience de nos ressentis et les réévaluer. Contrôle de soi, concentration dans la résolution de problèmes, capacité à trouver des réponses adaptées à des contextes changeants et reconnaissance de nos erreurs, tout cela est possible grâce au CCA. Celui-ci joue un rôle primordial dans le maternage car il s’active quand bébé pleure. Donc s’il est endommagé, la réponse de la mère sera elle aussi « endommagée » face aux besoins de son enfant. Ce CCA participe à l’empathie et l’auto empathie. Nous pouvons donc grâce à lui interpréter nos émotions et celles des autres. En découlent nos capacités à prendre soin des autres et à les écouter avec attention. La finesse de certains sentiments est rendue possible grâce à ce CCA comme l’amour, l’embarras ou le jugement. Lorsque nous sommes rejetés socialement, le CCA s’active, comme il s’active en cas de douleur physique ! Rappelons que le besoin d’appartenance à un groupe du petit humain est un besoin fondamental, primaire. Le sentiment d’appartenance va se développer ici, dans le CCA. 

Le COF et le CCA sont très connectés (via des neurones « fuseaux » qui transmettent les informations à très grande vitesse). Ils nous permettent d’entretenir une vie sociale adaptée et épanouie, de coordonner nos pensées, émotions et sentiments à travers des réponses corporelles justes.

En plus de ces trois parties du cerveau succinctement décrites ici, s’ajoutent bien d’autres puisque l’anatomie de notre cerveau est aussi complexe que le contexte dans lequel il se développe. Nos comportements, les soins et l’environnement que nous leur offrons sont également autant de variables qui impacteront le développement global de nos enfants.

Suivez-moi sur les réseaux sociaux

Augmenter la police