A l’époque de nos arrières-grands-parents, grands-parents, parents (et même depuis toujours) les VEO _Violences Éducatives Ordinaires_ et les maltraitances étaient communes. On laissait pleurer les bébés et enfants. On emmaillotait et on suspendait les bébés sur des piquets. On sevrait avec des méthodes plus ou moins barbares (piment sur le sein, séparation de l’enfant avec sa mère, frapper son enfant pour qu’il arrête le sein…). Il était commun de donner des somnifères ou de l’alcool à son bébé/bambin pour qu’il dorme. Il était dans la norme de battre son enfant (la fessée, la fameuse ! Vive les mauvaises notes…) Je ne parlerai pas de tout mais vous voyez l’idée.

Bien que les mœurs et les lois aient évoluées, encore maintenant le droit de l’enfant à être respecté en tant que personne, ayant les mêmes droits que tout être humain adulte, est loin d’être acquis. Et nous nous étonnons aujourd’hui d’évoluer dans une société violente, basée sur la loi du plus fort, sur la crainte des sanctions… Une société matérialiste, capitaliste, normative, où toutes les différences sont sanctionnées, pointées du doigt, doivent être cachées, supprimées. Les discriminations qui enferment les « anormaux ». Les évaluations qui rejettent les « moins bons » ou donnent des « bons points » pour conditionner « les meilleurs ». La chirurgie qui supprime les « défauts ». Nous n’avons pas droit à la différence ni à l’erreur et devons nous soumettre, car sinon, nous sommes mal/mauvais/moins que les autres.

Mais qu’est-ce qu’une erreur ? Ne pas entrer dans le moule ? Faire autrement ? Être différent ? Et comment ne voyons nous pas le lien de causalité entre ce que nous ont transmis les générations anciennes et ce qu’est notre société aujourd’hui? Cela fait des générations qu’on nous apprend depuis tout petits, qu’il faut être « bien élevés », c’est-à-dire écouter au doigt et à l’œil, obéir, être calme, sage, beau/elle, patient/e, intelligent, avoir de bonnes notes, parler (mais pas trop), réussir… RÉUSSIR dans tout sous peine d’être rien ou pas grand chose. L’argent est apparemment bien souvent une jauge de valeur inébranlable. Entrer dans le moule, sous peine d’être rejeté(e). Et ceci, depuis la petite enfance, où les émotions étaient/sont toujours la plupart du temps réprimées/interdites, où la violence du plus fort sur le plus faible est banalisée, où les besoins affectifs sont mis au second plan, où on demande à un petit être de ne pas déranger ses parents, de « faire ses nuits » à 3 mois (mais combien d’adultes font leur nuit ?) et d’être propre à un an et demi, etc.

Comme lorsqu’on construit un immeuble ce que l’on construit avec nos bébés se sont les bases, les fondations. Lorsqu’elles sont bancales, insécures, en vérité elles portent des souffrances non dites, la plupart inconscientes, qui reviennent plus tard : des enfants puis des adultes harceleurs/ harcelés, sous pression, addicts, sans estime ; des adolescents qui s’empêcheraient d’exister, de peur du rejet, certains violents envers les plus faibles, certains préférant acquérir des objets de valeur que de créer des relations de qualité, d’autres finissant par se suicider ; des adultes adaptés, qui font comme les autres pour paraître « heureux », qui sont salariés parfois dans une entreprise qu’ils détestent avec un patron exécrable qui applique lui aussi la loi du plus fort, qui doivent obéir sans rien dire sous peine de perdre leur boulot, qui restent dans leur zone de confort même s’ils savent que leur métier ne leur correspond pas, qui ont peur de l’échec tout simplement. Des adultes manquant cruellement de confiance en soi. Sans parler de ceux qui ont « mal fini », sont devenus agresseur/victime/sauveur ou inadaptés, malades,… la société ne s’adapte pas à eux. 

Heureusement, notre génération bouge ! Certains aujourd’hui ont compris que ce système éducatif et social ne fonctionne plus. Beaucoup de jeunes parents se renseignent, remettent en question toutes ces pratiques, veulent faire différemment de leurs parents, prennent du recul, acceptent que les rapports changent et doivent changer, qui accompagnent leur enfant dans ce nouveau monde. Souvent ces parents font face à l’incompréhension des autres (entourage familial, amical, d’inconnus) voire à leurs jugements, réprimandes, remarques, désapprobation ou même rejet. Ces autres peuvent être blessant et aussi blessés, car admettons-le, cela leur renvoi leurs propres méconnaissance, erreurs, voire échecs. Quelques-uns s’intéressent, posent des questions, s’adaptent tandis que d’autres se ferment, s’accrochent à leurs bonnes vielles habitudes et opinions si fortement ancrées en elles. 

Nous avons besoin d’adultes cohérents, confiants en leurs capacités, tolérants, chercheurs de solutions et en capacité de revoir tout ce fonctionnement. Évitons de continuer à faire de nos enfants des petits soldats obéissants, soumis ou violents. Nous devons revoir tout le système: ne plus le baser sur l’oppression, mais sur l’amour INCONDITIONNEL, le respect de soi et des autres, l’expression de ses émotions et l’écoute d’autrui, le respect des besoins fondamentaux et l’acceptation de soi et des autres. Facile à dire, pas toujours facile à faire mais en se déconstruisant et en travaillant sur soi, cet objectif est atteignable. Et grâce à toutes les connaissances en neurosciences, nous savons maintenant comment respecter nos enfants, afin que ceux-ci deviennent des adultes empathiques et eux-mêmes respectueux. 

Et en tant que parents désirant changer tout ce système, nous devons nous laisser droit à l’erreur, car nous sommes humains, nous reproduisons mécaniquement à certains moments, nous échouons parfois, nous agissons mal souvent. Et c’est comme ceci que nous apprenons. L’erreur ne nous rend pas mauvais (parents, enfants, adultes), l’erreur nous rend juste moins ignorants, elle nous apprend. Soyons indulgents avec nous-même sur ce chemin de la parentalité. 

À TOUS LES PARENTS, jeunes ou moins jeunes, qui chaque jour, font simplement du mieux qu’ils peuvent.

 

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